L’essentiel
- À 55/45 °C, un radiateur donne environ la moitié de la puissance inscrite sur sa fiche technique, et environ 40 % à 50/40 °C (calcul avec l'exposant de la norme EN 442).
- Selon l'Office fédéral suisse de l'énergie, une température de départ plus basse de 5 °C améliore le rendement d'une pompe à chaleur d'environ 10 %.
- Le matériau compte moins que la surface d'échange : fonte, acier et aluminium conviennent s'ils sont assez grands pour l'eau prévue.
- Le test de température désigne les pièces à traiter avant de décider de changer une partie ou la totalité des radiateurs.
Dans une maison au fioul ou au gaz, le réseau a presque toujours été calculé pour une eau très chaude. Dans les Côtes-d’Armor, parmi les maisons diagnostiquées qui se chauffent avec un réseau d’eau, 73,8 % de celles au fioul et 63,7 % de celles au gaz ont un réseau prévu pour 65 °C ou plus. C’est le résultat de notre analyse des DPE de l’ADEME, présentée dans le test des radiateurs avant de remplacer une chaudière. Une pompe à chaleur travaille mieux avec une eau plus tiède, et c’est là que la question des radiateurs se pose.
Ce guide aide à décider lesquels garder, agrandir ou remplacer. Il suppose une pompe à chaleur air-eau, la seule à chauffer l’eau d’un circuit de radiateurs. Avec une pompe à chaleur air-air, il n’y a pas de radiateur à eau à choisir.
Pourquoi une eau tiède change le choix des radiateurs
Plus l’eau doit être chaude, moins la pompe à chaleur est efficace. L’Office fédéral suisse de l’énergie le chiffre dans son aide au dimensionnement. Une température de départ plus basse de 5 °C améliore le COP d’environ 10 %, et pour le remplacement d’une chaudière il recommande de ne pas dépasser 55 °C au point de dimensionnement, avec une étude approfondie au-delà. Ces repères viennent de Suisse et datent de décembre 2015, nous les prenons comme un ordre de grandeur. Le radiateur entre dans l’équation parce qu’il impose la température d’eau minimale. Un radiateur trop petit pour sa pièce oblige à monter l’eau pour compenser, alors qu’un radiateur large permet de la baisser.
Le piège se cache dans la fiche technique. La puissance qui y figure est mesurée selon la norme EN 442, avec une eau qui entre à 75 °C, ressort à 65 °C, dans une pièce à 20 °C. L’écart moyen est alors de 50 K, puisque (75 + 65) / 2 − 20 = 50, et on parle de ΔT50. Une pompe à chaleur air-eau vise plutôt 35 à 55 °C selon son modèle, soit 35 °C en basse température et 55 °C en haute température d’après UFC-Que Choisir. Or la puissance d’un radiateur baisse plus vite que la température, car elle varie comme l’écart moyen élevé à une puissance n, propre à chaque modèle et donnée sur sa fiche. Sur celle du radiateur à ventilateurs Radson ULOW-E2, n va de 1,11 à 1,34 selon la vitesse des ventilateurs. Avec n = 1,3, proche de la valeur de son mode « standby » (1,31 à 1,34), un radiateur affiché à 1 500 W donne ceci.
| Régime d’eau (entrée / sortie / pièce) | Écart moyen | Part de la puissance affichée | Pour un radiateur de 1 500 W affiché |
|---|---|---|---|
| 75 / 65 / 20 °C (fiche technique) | 50 K | 100 % | 1 500 W |
| 70 / 60 / 20 °C | 45 K | 87 % | environ 1 310 W |
| 65 / 55 / 20 °C | 40 K | 75 % | environ 1 120 W |
| 55 / 45 / 20 °C | 30 K | 51 % | environ 770 W |
| 50 / 40 / 20 °C | 25 K | 41 % | environ 610 W |
| 45 / 35 / 20 °C | 20 K | 30 % | environ 460 W |
Calcul Armor PAC. Avec n = 1,2 ou 1,4, la part à 55/45/20 °C passe de 54 % à 49 %, ce qui ne change pas l’ordre de grandeur.
À 55/45 °C, un radiateur ne donne donc qu’à peu près la moitié de la puissance de sa fiche, et il en faudrait un environ deux fois plus puissant pour fournir la même chaleur qu’à 75/65 °C. Cela ne condamne pas vos radiateurs, car ce qui compte est la chaleur dont la pièce a réellement besoin. Un radiateur choisi pour une maison peu isolée est souvent plus puissant que nécessaire une fois les travaux d’isolation faits, et seul le calcul des déperditions pièce par pièce, celui du bilan thermique, compare les deux.
Garder, agrandir ou remplacer, pièce par pièce
Le raisonnement part du test de température du guide de remplacement de chaudière, mené à 55 puis à 50 °C. Si toutes les pièces restent confortables à 55 °C, vos radiateurs existants conviennent, qu’ils soient en fonte, en acier ou en aluminium. UFC-Que Choisir range d’ailleurs les radiateurs classiques en fonte ou en acier chauffés à 55 °C parmi les cas d’une pompe à chaleur haute température, dont nous détaillons les avantages, le coût en rendement et les maisons concernées, et la fonte apporte en plus une grande surface et une forte inertie.
Quand une ou deux pièces décrochent, la première piste consiste à remplacer ces radiateurs par des modèles plus grands. On parle de radiateurs basse température, que la Fondation Connaissance des énergies décrit comme fonctionnant avec une eau de 30 à 50 °C selon la température extérieure, grâce à une surface d’échange plus importante pour la même puissance. Avant d’en arriver là, regardez l’isolation de la pièce, puisqu’elle change la chaleur nécessaire et donc la taille du radiateur. Sur un réseau monotube, l’eau refroidit d’un radiateur à l’autre, si bien que les derniers de la boucle peuvent manquer de puissance et font souvent partie de ceux à traiter.
Si le mur ne permet pas d’agrandir, le radiateur à ventilateurs gagne de la puissance à taille égale. La fiche du Radson ULOW-E2 de 600 × 1 000 mm annonce, à 45/35/20 °C, 460 W en mode « standby », 681 W en « confort » et 792 W en « boost ». En contrepartie, il demande une prise 230 V et il fait un léger bruit, de 20 à 25 dB en confort et 34 dB en boost, mesurés à 2 m, pour 4,5 W de consommation en confort sur le modèle de 1 000 mm. Ce Radson est cité comme exemple de fiche réelle, sans préférence de marque.
Deux solutions sortent du cadre du radiateur classique. Le ventilo-convecteur à eau, également basse température, peut rafraîchir avec une pompe à chaleur réversible, ce que les radiateurs classiques ne permettent pas (voir la question sur le rafraîchissement plus bas). Le plancher chauffant, avec une eau d’environ 35 °C, donne le meilleur rendement mais suppose de refaire le sol, ce qui le réserve aux pièces rénovées et aux extensions.
Ce que montrent les mesures de terrain, et ce que le devis doit préciser
L’ADEME a mesuré en conditions réelles une centaine de pompes à chaleur chez des particuliers, dont 90 air-eau. Son avis d’octobre 2025 conclut que les performances moyennes sont très bonnes, même dans des maisons mal isolées, mais qu’environ une installation sur trois fonctionne moins bien qu’elle le devrait, à cause de problèmes d’installation et de réglage. Ce constat ne dit pas que les radiateurs sont en cause dans chaque cas. Il rappelle qu’avec une pompe à chaleur, le résultat dépend autant du réglage et de l’adaptation à la maison que de l’appareil, et que choisir ou garder ses radiateurs en connaissance de cause fait partie de cet ajustement. Si vos radiateurs restent tièdes alors que la pompe à chaleur tourne, notre article sur les causes d’une pompe à chaleur qui ne chauffe pas passe en revue les vérifications, dont la courbe de chauffe.
C’est pourquoi le devis doit parler de vos radiateurs, et pas seulement de l’appareil. Il doit indiquer la température d’eau retenue et le type de pompe à chaleur correspondant, distinguer les radiateurs conservés de ceux remplacés pièce par pièce, avec leur puissance au régime retenu et pas seulement celle de la fiche, et préciser le type de réseau, bitube ou monotube, ainsi que son état. Le désembouage et le filtre y ont aussi leur place, car ils sont indispensables quand la pompe à chaleur est raccordée à d’anciens radiateurs.
Sources